15 décembre 2009
Petit texte
Je viens juste de terminer la trilogie à la croisée des mondes et que dire?
Pour moi cette trilogie est un véritable chef d'oeuvre...
Qui a dit que la littérature jeunesse ne pouvait pas aborder des thèmes importants comme la philosophie? Peut être faut il savoir dépoussiérer certains vieux livres et les faire sortir à l'air libre?
Quoi qu'il en soit je me demande si je vais pas faire mon mémoire de M1 sur cette trilogie. Après tout les références littéraires et des problématiques essentiels saturent cette oeuvre, et puis j'ai vu que Bernadette Bricout était la directrice des mémoires pour "la litterature jeunessé. Je verrais bien, même si je n'ai pas le niveau pour passer en M2 j'avoue que j'aimerais bien tenter de m'attaquer à un mémoire sur ce thème...
Rien à voir mais j'ai écrit un petit texte sur ce livre, ce qu'il m'évoque...
Marcher, poursuivre...
Un pied devant l'autre et tu seras libre.
Vois tu ce monde à portée de main?
Je veux mille vies, mille visages pour ne jamais avoir à la quitter.
Pas de paradis, ni enfers, ici je suis chez moi.
Je veux tout sentir, regarder, toucher, gouter et entendre.
Mourir vieille et épuisée.
Je ne veux pas de la santé de ces cadavres asséchés...
Aimer un être puis en aimer d'autres...
Que le monde ne périsse pas après moi.
Si l'oublie est notre lot, alors mon corps seul s'échappera du sol.
Chaque particule de mon être sera libre.
Chaque atome formera une nouvelle vie...
A jamais je serais.
Ce monde jamais je ne le quitterais.
Car c'est ici chez moi.
08 décembre 2009
Pessoa bureau de tabac
Si j'ai voulu faire des études de lettres modernes c'est pour faire des rencontres. Des rencontres avec des personnes qui partagent la même passion pour moi de la lecture, parfois de l'écriture. Des gens qui savent que le science n'est pas un but ultime et que sans littérature, sans ressentir d'autres voix dans sa tête, on ne peut explorer le réel.
J'ai voulu aussi faire des rencontres avec des auteurs que je n'auraient jamais connue toute seule, parce que au final la littérature est une immense toile d'areignée où des auteurs se croisent et s'entrecroisent.
Hier en cours de littérature comparée, j'ai pris un gros coup de poignard. Notre prof a commencé à lire un poème de Pessoa, un poète portugais dont j'ignorais l'existence. En rentrant le soir je suis allée voir son poème "Bureau de tabac"...
Et bam un autre coup dans mes misèrables tripes.
Je sais que certains le liront et me trouveront folle d'être aussi touchée par quelques mots mais à dire vrai je m'en fous. Il vaut mieux être un roseau qui plie sous chacuns des coups qu'être qu'un foutu chêne. L'avantage c'est que je me briserai jamais pour de bon.
Je vous laisse lire.
Bureau de Tabac
Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.
Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
(et si l'on savait ce qu'elle est, que saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d'une rue au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.
Je suis aujourd'hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
lucide aujourd'hui, comme si j "étais à l'article de la mort,
n'ayant plus d'autre fraternité avec les choses
que celle d'un adieu, cette maison et ce côté de la rue
se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.
Je suis aujourd'hui perplexe. comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
Je suis aujourd'hui partagé entre la loyauté que je dois
au Bureau de Tabac d'en face, en tant que chose extérieurement réelle
et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.
J'ai tout raté.
Comme j'étais sans ambition, peut-être ce tout n'était-il rien.
Les bons principes qu'on m'a inculqués,
je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
Je m'en fus aux champs avec de grands desseins,
mais là je n'ai trouvé qu'herbes et arbres,
et les gens, s'il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
Je quitte la fenêtre, je m'assieds sur une chaise. A quoi penser ?
Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
Etre ce que je pense ? Mais je crois être tant et tant !
Et il y en a tant qui se croient la même chose qu'il ne saurait y en avoir tant !
Un génie ? En ce moment
cent mille cerveaux se voient en songe génies comme moi-même
et l'histoire n'en retiendra, qui sait ? même pas un ;
du fumier, voilà tout ce qui restera de tant de conquêtes futures.
Non, je ne crois pas en moi.
Dans tous les asiles il est tant de fous possédés par tant de certitudes !
Moi, qui de certitude n'ai point, suis-je plus assuré, le suis-je moins ?
Non, même pas de ma personne...
En combien de mansardes et de non-mansardes du monde
n'y a-t-il à cette heure des génies-pour-soi-même rêvant ?
Combien d'aspirations hautes, lucides et nobles -
oui, authentiquement hautes, lucides et nobles -
et, qui sait ? réalisables, peut-être...
qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
tomberont dans l'oreille des sourds ?
Le monde est à qui naît pour le conquérir,
et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu'il peut le conquérir.
J'ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
Sur mon sein hypothétique j'ai pressé plus d'humanité que le Christ,
j'ai fait en secret des philosophies que nul Kant n'a rédigées,
mais je suis, peut-être à perpétuité, l'individu de la mansarde,
sans pour autant y avoir mon domicile :
je serai toujours celui qui n'était pas né pour ça ;
je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
je serai toujours celui qui attendait qu'on lui ouvrît la porte
auprès d'un mur sans porte
et qui chanta la romance de l'Infini dans une basse-cour,
celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
Croire en moi ? Pas plus qu'en rien...
Que la Nature déverse sur ma tête ardente
son soleil, sa pluie, le vent qui frôle mes cheveux ;
quant au reste, advienne que pourra, ou rien du tout...
Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis l'univers avant de quitter nos draps,
mais nous nous éveillons et voilà qu'il est opaque,
nous nous éveillons et voici qu'il est étranger,
nous franchissons notre seuil et voici qu'il est la terre entière,
plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.
(Mange des chocolats, fillette ;
mange des chocolats !
Dis-toi bien qu'il n'est d'autre métaphysique que les chocolats,
dis-toi bien que les religions toutes ensembles n'en apprennent
pas plus que la confiserie.
Mange, petite malpropre, mange !
Puissé-je manger des chocolats avec une égale authenticité !
Mais je pense, moi, et quand je retire le papier d'argent, qui d'ailleurs est d'étain,
je flanque tout par terre, comme j'y ai flanqué la vie.)
Du moins subsiste-t-il de l'amertume d'un destin irréalisé
la calligraphie rapide de ces vers,
portique délabré sur l'Impossible,
du moins, les yeux secs, me voué-je à moi-même du mépris,
noble, du moins, par le geste large avec lequel je jette dans le mouvant des choses,
sans note de blanchisseuse, le linge sale que je suis
et reste au logis sans chemise.
(Toi qui consoles, qui n'existes pas et par là même consoles,
ou déesse grecque, conçue comme une statue douée du souffle,
ou patricienne romaine, noble et néfaste infiniment,
ou princesse de troubadours, très- gente et de couleurs ornée,
ou marquise du dix-huitième, lointaine et fort décolletée,
ou cocotte célèbre du temps de nos pères,
ou je ne sais quoi de moderne - non, je ne vois pas très bien quoi -
que tout cela, quoi que ce soit, et que tu sois, m'inspire s'il se peut !
Mon coeur est un seau qu'on a vidé.
Tels ceux qui invoquent les esprits je m'invoque
moi-même sans rien trouver.
Je viens à la fenêtre et vois la rue avec une absolue netteté.
Je vois les magasins et les trottoirs, et les voitures qui passent.
Je vois les êtres vivants et vêtus qui se croisent,
je vois les chiens qui existent eux aussi,
et tout cela me pèse comme une sentence de déportation,
et tout cela est étranger, comme toute chose. )
J'ai vécu, aimé - que dis-je ? j'ai eu la foi,
et aujourd'hui il n'est de mendiant que je n'envie pour le seul fait qu'il n'est pas moi.
En chacun je regarde la guenille, les plaies et le mensonge
et je pense : « peut-être n'as-tu jamais vécu ni étudié, ni aimé, ni eu la foi »
(parce qu'il est possible d'agencer la réalité de tout cela sans en rien exécuter) ;
« peut-être as-tu à peine existé, comme un lézard auquel on a coupé la queue,
et la queue séparée du lézard frétille encore frénétiquement ».
J'ai fait de moi ce que je n'aurais su faire,
et ce que de moi je pouvais faire je ne l'ai pas fait.
Le domino que j'ai mis n'était pas le bon.
On me connut vite pour qui je n'étais pas, et je n'ai pas démenti et j'ai perdu la face.
Quand j'ai voulu ôter le masque
je l'avais collé au visage.
Quand je l'ai ôté et me suis vu dans le miroir,
J'avais déjà vieilli.
J'étais ivre, je ne savais plus remettre le masque que je n'avais pas ôté.
Je jetai le masque et dormis au vestiaire
comme un chien toléré par la direction
parce qu'il est inoffensif -
et je vais écrire cette histoire afin de prouver que je suis sublime.
Essence musicale de mes vers inutiles,
qui me donnera de te trouver comme chose par moi créée,
sans rester éternellement face au Bureau de Tabac d'en face,
foulant aux pieds la conscience d'exister,
comme un tapis où s'empêtre un ivrogne,
comme un paillasson que les romanichels ont volé et qui ne valait pas deux sous.
Mais le patron du Bureau de Tabac est arrivé à la porte, et à la porte il s'est arrêté.
Je le regarde avec le malaise d'un demi-torticolis
et avec le malaise d'une âme brumeuse à demi.
Il mourra, et je mourrai.
Il laissera son enseigne, et moi des vers.
A un moment donné mourra également l'enseigne, et
mourront également les vers de leur côté.
Après un certain délai mourra la rue où était l'enseigne,
ainsi que la langue dans laquelle les vers furent écrits.
Ensuite mourra la planète tournante où tout cela est arrivé.
En d'autres satellites d'autres systèmes cosmiques, quelque chose
de semblable à des humains
continuera à faire des espèces de vers et à vivre derrière des manières d'enseignes,
toujours une chose en face d'une autre,
toujours une chose aussi inutile qu'une autre,
toujours une chose aussi stupide que le réel,
toujours le mystère au fond aussi certain que le sommeil du mystère de la surface,
toujours cela ou autre chose, ou bien ni une chose ni l'autre.
Mais un homme est entré au Bureau de Tabac (pour acheter du tabac ?)
et la réalité plausible s'abat sur moi tout soudain.
Je me soulève à demi, énergique, convaincu, humain,
et je vais méditer d'écrire ces vers où c'est l'inverse que j'exprime.
J'allume une cigarette en méditant de les écrire
et je savoure dans la cigarette une libération de toutes les pensées.
Je suis la fumée comme un itinéraire autonome, et je goûte, en un moment sensible et compétent,
la libération en moi de tout le spéculatif
et la conscience de ce que la métaphysique est l'effet d'un malaise passager.
Ensuite je me renverse sur ma chaise
et je continue à fumer
Tant que le destin me l'accordera je continuerai à fumer.
(Si j'épousais la fille de ma blanchisseuse,
peut-être que je serais heureux.)
Là-dessus je me lève. Je vais à la fenêtre.
L'homme est sorti du bureau de tabac (n'a-t-il pas mis la
monnaie dans la poche de son pantalon?)
Ah, je le connais: c'est Estève, Estève sans métaphysique.
(Le patron du bureau de tabac est arrivé sur le seuil.)
Comme mû par un instinct sublime, Estève s'est retourné et il m'a vu.
Il m'a salué de la main, je lui ai crié: "Salut Estève !", et l'univers
s'est reconstruit pour moi sans idéal ni espérance, et le
patron du Bureau de Tabac a souri.
02 décembre 2009
Le bonheur et le mythe de l'éternelle retour de Nietzsche
Je dois vous confesser quelque chose...
J'ai horreur de tout ces bouquins de coaching qui vous explique comment trouver le bonheur (vous attendiez à quelque chose de plus incroyable et ben non ^^).
Oui un sain dégout je dirais même. Non mais vraiment que croyez vous? Qu'il existe des manuels qui donnent une manière à tous de bien vivre sa vie? C'est réducteur, stupide et ça surfe sur cette vague qui nous dit soyez heureux !
Et ben je dis non. Vive le malheur, la tristesse et la mélancolie. Célébrons le goût salée des larmes sur nos joues, la suave caresse de l'amertume.
Le bonheur pour faire quoi? Un bonheur idiot en culotte courte qui bave débile non merci pas pour moi.
La vie est changeante, mouvante, on pense savoir et puis en faite non...
Relativisons tout de même, moi aussi j'aime être heureuse. Mais on ne parle pas assez souvent des qualités de la peine. Je ne veux pas d'un bonheur qu'on me vende mais d'un que j'aurais trouvé par moi même, qui me corresponde. Pas le bonheur qu'une pub pour le café aura collé dans mon crâne.
Alors tant pis si nous devons souffrir. La mélancolie nous remet face à nous même. On se dit « à quoi bon si rien n'a de sens? »
Puis vient cette phase libératrice: « J'en ai rien à foutre de mourir sans avoir trouvé un sens à tout ça, peu importe si j'apprécie chaque instant, la caresse du soleil ou du vent. »
Pourquoi chercher du sens en dehors de nous même?
En disant ça je repense à un des cafés philos auxquelles j'avais assisté dans ma ville. On avait discuté de la théorie de l'éternelle retour de Nietzsche, théorie que j'avais aperçue déjà dans « l'insoutenable légéreté de l'être » de Milan Kundera.
J'ai trouvé un extrait du gai savoir que je souhaite partager ici:
« Le poids formidable. — Que serait-ce si, de jour ou de nuit, un démon te suivait une fois dans la plus solitaire de tes solitudes et te disait : « Cette vie, telle que tu la vis actuellement, telle que tu l'as vécue, il faudra que tu la revives encore une fois, et une quantité innombrable de fois ; et il n'y aura en elle rien de nouveau, au contraire ! il faut que chaque douleur et chaque joie, chaque pensée et chaque soupir, tout l'infiniment grand et l'infiniment petit de ta vie reviennent pour toi, et tout cela dans la même suite et le même ordre — et aussi cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et aussi cet instant et moi-même. L'éternel sablier de l'existence sera retourné toujours à nouveau — et toi avec lui, poussière des poussières ! » — Ne te jetterais-tu pas contre terre en grinçant des dents et ne maudirais-tu pas le démon qui parlerait ainsi ? Ou bien as-tu déjà vécu un instant prodigieux où tu lui répondrais : « Tu es un dieu, et jamais je n'ai entendu chose plus divine ! » Si cette pensée prenait de la force sur toi, tel que tu es, elle te transformerait peut-être, mais peut-être t'anéantirait-elle aussi; la question « veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois », cette question, en tout et pour tout, pèserait sur toutes tes actions d'un poids formidable ! Ou alors combien il te faudrait aimer la vie, que tu t'aimes toi-même pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation ! — »
Peut être que je vous soule avec tout ça, mais que voulez vous, il n'y a que avec mes amis que j'ai de rares discussions un tant soi peu remplie de réflexions, et malheureusement pour moi je n'arrive pas à construire de discours cohérent à l'oral (et même à l'écrit c'est pas toujours ça). Je compense ici.
Alors j'inonde ce blog et internet, bienvenue au 21ème siècle...
01 décembre 2009
Poupée Féelée
Un petit article de publicité ^^
Je tenais ici à remercier ma plus fidèle lectrice. Une amie qui écrit si bien et qui pas plus tard qu'hier a su m'aider malgré mon petit coup de pompe.
Allez sur son blog fait de rouge et de noir dans lequel je me sens bien et que je comprend.
*Pour toi ma camarade blogueuse*
30 novembre 2009
Patchworks humains
Nous sommes tous des patchworks ambulants.
Regardons nos qualités, nos défauts, les événements qui nous ont formés, les choses que nous aimons, comment nous aimons... Tout cela n'a rien d'original, d'autres êtres humains ont déjà expérimentés cela avant nous.
Vouloir faire du neuf à tout prix est à la fois inutile et vainement orgueilleux.
Nous sommes tous des patchworks: prenez ces éléments qui vous composent, seuls ils n'ont rien d'extraordinaires. Des bouts de tissus comme il y en a sur tant d'autres êtres. Mais soulevez deux secondes votre nez du tissu et regardez l'assemblage, la manière dont sont tissés entre eux les étoffes, comment un mince fil les lient. Ce fil c'est le hasard, la coïncidence, les choix que les autres ont fait pour nous, et enfin nos propres choix parce que au final la liberté ne s'acquiert que par le biais d'un combat de longue haleine contre les autres et nos propres préjugées.
C'est cette assemblage branlant, fragile qui tient malgré nous qui constituent notre singularité.
Je préfère les personnes riches, quitte à ce qu'une myriade d'étoffe les composent, même si on a du les recoudre ensemble plusieurs fois, ils offrent tellement plus que ceux construits dans un seul bout de tissu.
Les patchworks ambulants en cas d'accroc et de déchirure sauront toujours trouver de quoi se raccommoder.














