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Mon problème c'est que je suis quelqu'un de passionnée, qui veut aller jusqu'au bout des choses, les rendre presque parfaite, ou tout du moins ancrées en moi. Et surement trop critique et perfectionniste envers moi même.

C'est surement pour ça que je me met à réécrire une nouvelle version de mon nouveau chapitre, ou bien que je relis à nouveau, de manière lente mais certaine à la croisée des mondes. Aussi parce que j'en ai parlé récemment avec un ami, et qu'il ne m'en faut pas plus pour avoir envie de relire cette fabuleuse trilogie.

Cette trilogie est surement mon inspiration principale pour l'écriture de Guilraen. On ne peut apprendre à partir du néant, et j'aime tellement le ton de Pullman qu'il me faut ici vous mettre un extrait d'un interview de cet auteur, qui en plus d'être un très bon écrivain, est aussi un homme intelligent.

Il discute sur la Fantasy et sur certaines de ses limites.


Merci beaucoup pour votre éloquente introduction qui m’a été traduite, et merci de m’accueillir à Bologne, cette magnifique cité. J’ai remarqué que le mot “fantasy” est beaucoup revenu dans ce que vous disiez... Mais je dois vous le dire, je ne suis pas un auteur de fantasy. Je ne suis pas contradictoire ou simplement méchant. Le livre qui vient récemment d’être publié, The Broken Bridge [NdTranscripteur : écrit en 1991, il vient juste d'être publié en Italie">, est bien sûr encré dans le réel : c’est l’histoire réaliste d’une fille qui pourrait vivre de nos jours dans le Nord du Pays de Galles où j’ai moi-même grandi et dont je suis tombé amoureux des paysages. Adolescent, je dessinais et peignais beaucoup, tout comme Ginny, mon personnage dans le livre. Je m’intéressais avec passion aux arts visuels, et j’ai beaucoup appris sur le dessin et la peinture en regardant les paysages autour de moi, et j’en suis tombé amoureux.


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Mais bien sûr, le thème principal du livre, et de tout type de littérature, quelque soit l’époque, c’est la nature humaine et sa relation avec ce qui l’entoure, avec l’univers et ses comparses humains : et c’est le thème de la fiction réaliste. Bien, mon problème avec la fantasy, la raison pour laquelle je n’en lis pas beaucoup est qu’une grande part de ce qui existe aujourd’hui en fantasy ne s’intéresse pas à la nature humaine. Par exemple, Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Tolkien s’intéressait énormément au langage, et il a écrit Le Seigneur des Anneaux en partie pour donner un cadre au langage qu’il avait inventé, le langage des Elfes : c’était son intérêt de prédilection.



Et en tant que lecteur, les livres qui m’envoûtent le plus, ce sont les grandes oeuvres réalistes : ces grands romanciers Anglais, Français, Russes, qui savent le mieux parmi tous les auteurs donner de la richesse et de la vie à leurs écrits. Bien, quand je me suis retrouvé – à ma grande surprise– à écrire une oeuvre qui ne pouvait qu’être qualifiée de fantasy, j’ai du me demander pourquoi je le faisais. Je ne lis que peu de fantasy, pourquoi donc étais-je en train d’écrire de la fantasy, ceci était dur à comprendre. Vous avez à faire… Quand vous êtes un auteur, il vous faut suivre ce que votre imagination vous dicte de faire, et non pas ce que votre conscience ou votre volonté vous dicte.



Et je me suis retrouvé à écrire cette oeuvre qui ressemblait à de la fantasy à première vue, et je savais que ce serait un long livre qui me prendrait beaucoup de temps à écrire, plusieurs années ; et j’ai réalisé assez tôt que le seul moyen de rendre cela intéressant à mes yeux était de jouer sur les apparences et les mécanismes de la fantasy pour dire quelque chose que je pensais être vrai, que je trouvais être intéressant, sur la nature humaine et sur la psychologie. Plus spécifiquement, sur la manière de grandir, la différence entre l’innocence et l’expérience, dans les termes du grand poète William Blake.



Ce qui nous arrive à l’adolescence, quand on passe de l’enfance à l’âge adulte, c’est le Cœur, je suppose, de la trilogie A la Croisée des Mondes. C’est pourquoi je dis qu’il ne s’agit pas réellement d’une œuvre de fantasy, c’est une oeuvre à caractère réaliste, parce que je vais aussi… y dire quelque chose de vrai.
Quand je vois le nombre d’exemplaires des livres qui ont été vendues, et dans tous les différents pays, la seule raison que je voie au succès des livres, c’est qu’ils disent quelque chose de vrai sur une expérience que nous avons tous eue, car nous sommes adultes ou sur le point de le devenir, car on est enfant, ou que l’on est en train de le vivre car on est adolescent. C’est une expérience humaine universelle. Et tout comme le mythe sur lequel est fondée mon histoire, le mythe dans le troisième chapitre du livre de la Genèse dans la Bible, l’histoire d’Adam et Eve dans le Jardin, c’est quelque chose d’universellement vrai. Je me suis senti très rassuré, très conforté, quand j’ai découvert que je racontais cette histoire, car c’est une très bonne histoire, et qui a duré fort longtemps, ce qui signifiait qu’il devait bien y avoir quelque chose dedans.



J’ai eu l’autre jour une copie du livre de Silvana de Mari, Le Dernier Elfe, et je n’ai pas encore eu le temps de le lire entièrement à cette heure, mais je dois dire, en se basant sur le premier que j’ai lu que Silvana de Mari n’est pas non plus une auteure de fantasy. Et je l’admire en cela, car elle fait dans ce livre ce que bien peu d’auteurs de fantasy font : comme je le disais il y a une minute, utiliser les techniques de la fantasy pour examiner ce que signifie être des êtres humains.



Je continue d’être surpris du nombre de personnes à qui a plu ma trilogie, et du nombre de personnes qui attendent le film qui est en train d’être fait en ce moment, et sortira en décembre. Je vais continuer à écrire les livres que mon imagination me demande d’écrire; mais je vais les mener un petit peu dans la direction où ma conscience veut aller. Je continuerai à dire ce que je pense et crois être vrai sur la nature humaine, qui est, comme je l’ai dit, le vrai sujet de toute littérature.


Le site des fans de à la croisée des mondes où je vous aie trouvé l'interview.