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Elle se tient courbée, le coude posé sur le rebord d'une des fenêtres du wagon, et sa tête reposant sur la paume de sa main. Elle fixe les paysages que le train fait défiler, tout en triturant avec son autre main un pendentif, une petite clef. Par moment, elle inspire fort, sa cage thoracique se soulève comme si elle grandissait tout d'un coup.

Elle aime sentir le roulis du train comme si elle était un poids inerte. Qu'est ce qu'elle est d'autre après tout? On se contente seulement de l'envoyer d'une destination à une autre sans rien lui demander. De toute manière, on se soucis rarement de demander son avis à un enfant. Son cas n'a donc rien de si extraordinaire.

Elle se tient courbée, de toute façon elle se tient toujours courbée. Se faufilant doucement entre les gens sur le quai pour ne pas se faire remarquer. Et silencieuse. Silencieuse, non pas parce qu'elle n'a rien à dire mais parce qu'il n'y a personne pour l'écouter. Elle n'a pas encore assez d'expérience. Pourtant, elle sait.

Oui elle sait voir le poids qui pèse sur les gens, le poids des mots aussi. Et elle le sent aussi sur les siens. C'est pour ça qu'elle se tient courbée, ramassée toujours sur elle même. Elle n'a presque pas vécu, qu'elle se sent déjà vieille. Vieille comme un objet presque neuf, mais qu'une usure prématurée a déjà bien abîmée.

Là, juste devant elle, les bras ouverts, un inconnu. Son père.