21 août 2009
Fais ce que voudras
L’abbaye de Thélème, Gargantua, chapitre LVII (1534).
L’extrait :
Toute leur vie était dirigée non par les lois, statuts ou règles, mais selon leur bon vouloir et libre-arbitre. Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur venait. Nul ne les éveillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire quoi que ce soit... Ainsi l'avait établi Gargantua. Toute leur règle tenait en cette clause :
FAIS CE QUE VOUDRAS,
car des gens libres, bien nés, biens instruits, vivant en honnête compagnie, ont par nature un instinct et un aiguillon qui pousse toujours vers la vertu et retire du vice; c'est ce qu'ils nommaient l'honneur. Ceux-ci, quand ils sont écrasés et asservis par une vile sujétion et contrainte, se détournent de la noble passion par laquelle ils tendaient librement à la vertu, afin de démettre et enfreindre ce joug de servitude; car nous entreprenons toujours les choses défendues et convoitons ce qui nous est dénié.
Par cette liberté, ils entrèrent en une louable émulation à faire tout ce qu'ils voyaient plaire à un seul. Si l'un ou l'une disait : " Buvons ", tous buvaient. S'il disait: "Jouons ", tous jouaient. S'il disait: " Allons nous ébattre dans les champs ", tous y allaient. Si c'était pour chasser, les dames, montées sur de belles haquenées, avec leur palefroi richement harnaché, sur le poing mignonne- ment engantelé portaient chacune ou un épervier, ou un laneret, ou un émerillon; les hommes portaient les autres oiseaux.
Ils étaient tant noblement instruits qu'il n'y avait parmi eux personne qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d'instruments harmonieux, parler cinq à six langues et en celles-ci composer, tant en vers qu'en prose. Jamais ne furent vus chevaliers si preux, si galants, si habiles à pied et à cheval, plus verts, mieux remuant, maniant mieux toutes les armes. Jamais ne furent vues dames si élégantes, si mignonnes, moins fâcheuses, plus doctes à la main, à l'aiguille, à tous les actes féminins honnêtes et libres, qu'étaient celles-là. Pour cette raison, quand le temps était venu pour l'un des habitants de cette abbaye d'en sortir, soit à la demande de ses parents, ou pour une autre cause, il emmenait une des dames, celle qui l'aurait pris pour son dévot, et ils étaient mariés ensemble; et ils avaient si bien vécu à Thélème en dévotion et amitié, qu'ils continuaient d'autant mieux dans le mariage; aussi s'aimaient-ils à la fin de leurs jours comme au premier de leurs noces.
Pourquoi ai je mis l'extrait de Rabelais ici. Peut être à cause de mes lectures du moment, peut être aussi parce que j'ai envie de retourner à la faculté.
Non en réalité, je l'ai mis car c'est une des rares formes d'utopie que j'apprécie. J'avais lu à un certain moment l'utopie de Thomas Moore et que comme beaucoup d'autres elle me semblait être une contre utopie. La société qu'y décrivait Moore me semblait plus une prison où les citoyens avaient au final très peu de liberté.
Peut être l'ai je mis sur mon blog aussi parce que le boulot de caissière m'ennuie de plus en plus. Je ne fais que passer des articles les uns après les autres, j'en ai mal aux bras. Les clients vous traitent parfois comme de la merde ne vous disant même pas bonjour. Il est d'ailleurs assez drôle de noter qu'il ne vous "calcule" qu'à partir du moment où vous ne leur adressait plus du tout la parole. En effet, si mon bonjour d'accueil ne rencontre aucun écho, je décide de me taire, de mimer celui ou celle qui me fait face. Certains se réveillent alors et vous disent quand même au revoir, surpris de vous voir si silencieux, tendant la main, jouant alors à merveille le rôle de machine dans lequel ils vous enferment.
Je me rappelle qu'un ami me disait que la politesse était une marque d'hypocrisie. Il n'a peut être pas tort. Mais il n'y a qu'envers d'autres humains que le besoin d'être hypocrite s'exprime. Quand on a même plus besoin de vous dire bonjour c'est qu'on nie ce statut d'humain.
Après tout qui a dit bonjour à son pc ou sa voiture ce matin?
13 août 2009
Zombie? Vous avez dit Zombie?
Après être tombée sur cette article dans le blog Fuck you Billy, je ne pouvais garder le silence. Car dans ce simple article se cache un débat qui remue toute la communauté geekesque: les zombies doivent-ils courir ou déambuler les deux bras en avant et en meuglant comme une vache?
(vous avez vu ça c'est un débat dans le genre fondamental of the dead)
Plus sérieusement si on se penche sur son article on comprend pourquoi dans la vague actuel de films zombiesques ceux ci se mettent à galoper comme de jeunes gazelles. En effet son article contient la réponse: « Les zombies sont là pour nous faire rire, ils sont les seuls personnages - avec peut-être les vampires - à avoir cette faculté, et s’ils commencent à se mettre à courir, alors de suite ce n’est plus marrant, ça fout juste les boules. ».
rec
Sauf que justement dans ces films (que ce soit 28 jours plus tard ou encore rec) il ne s'agit plus réellement de Zombie à mon avis mais plutôt de contaminés. Un nuance qui peut paraître minime mais qui a son importance.
En effet le zombie que nous dirons classique est un mort réanimé à la vie par de la magie (vaudou) ou bien un virus (comme dans les jeux vidéo resident evil par exemple). Ils sont donc généralement en état de putréfaction avancé, stupide, mou et à la recherche de cervelles fraiches à sucer. Mais voilà avec le temps ces zombies sont devenues de plus en plus comiques.
L'idée de contamination quand à elle
est récente parce qu'elle répond aux angoisses de notre société
actuelle. Il suffit de voir comment les gens réagissent à l'annonce
de la grippe H1N1. Aujourd'hui la peur n'est plus la menace nucléaire
mais la menace biologique. Les contaminés de 28 jours plus tard ou
encore rec sont donc l'expression de cette peur. Car tout mythe nous
révèle quelque chose sur nous et nait au sein d'une société
donné. L'idée d'humains contaminés par un virus, ultra violents et
faisant vaciller notre civilisation n'aurait pas pu naître dans une
autre culture. Car si le zmbie dans le vaudou sont dénués de
volonté et contrôlé par le sorcier, les contaminés sont par
essence hors de contrôle.

Le réveil du personnage principal dans un Londres angoissant
Les contaminés ne sont pas des morts vivants. Mais des êtres atteints de furie, détruisant tout sans distinction. De ce fait je ne vois pas en quoi ils ne pourraient courir. De plus leur attribuer les mêmes capacités que nous les rend bien plus effrayants.
12 mai 2009
La seine
Tout les jours je prend le train, afin de quitter ma tendre bourgade natale de Fontainebleau pour me rendre à mon lieu d'étude: Paris.
Si vos connaissances géographiques ne sont pas limités vous devez savoir que la Seine traverse Paris. A chaque fois que je prend le train j'ai donc le plaisir de côtoyer les rives de ce fleuve si méconnue et si dénigré. Non ne vous inquiétez pas je ne vous raconterez pas la fois où je me suis perdue sur Paris et que je me suis orientée grâce à la seine...
Non juste de plaisir que j'ai chaque jour en prenant le train de passer à côté de la Seine et d'observer les rayons du soleils se reflétaient sur sa surface. Je trouve ça magnifique chacun de ses éclats qui viennent percutaient ma rétine... ça me fait toujours penser à ces œuvres de peintres impressionniste. En gros, la réalité n'est pas aussi importante que la perception qu'on en a...
Ha un blog c'est tout de même géniale. Y a que sur ce genre de plate-forme que l'on peut écrire des trucs aussi inutiles et dénuées du moindre intérêt!
11 mai 2009
Lettres et chauvinisme
Si il y a bien une chose que j'apprécie c'est la littérature comparée. J'adore cette manière de lier des œuvres entre elles, je trouve que ça donne plus de sens. Pour moi la littérature est toujours inscrite dans un contexte donné, une époque, un esprit. En gros j'apprécie réellement les cours d'histoire littéraire et je trouve stupide que à ma fac nous nous sommes contentés de survoler seulement les différents mouvements.
Pour mon cours de littérature
japonaise en traduction, je dois lier deux livres que rien ne lie en
apparence: La pluie noire de Masuji Ibuse traitant de la bombe
atomique et cette lumière qui vient de la mer de Hawakami Hiromi,
qui parle du passage à l'age adulte d'un jeune japonais de 17 ans.
Je dois parler de la manière dont la temporalité est traitée. Et même si ce sujet peut paraître chiant à mourir pour certain je trouve cela passionnant de découvrir (même au travers d'une traduction) un autre univers littéraire que celui hexagonale.
Non parce que je tiens à dire que les études de lettres modernes sont marqués par un certain chauvinisme. Ce que je trouve dommage surtout quand je me retape les confessions de Rousseau et tartuffe (l'année dernière) de Molière, tout deux étudiés au lycée.
Certains objecteront que la case traduction dénature les oeuvres et que à cause de cela il vaut mieux étudier de la littérature française en VO.
A cela j'objecterais qu'avoir découvert l'année dernière Tchekhov en VF a été vraiment quelque chose de génial, et qu'il vaut mieux connaître une œuvre au travers de traduction que de ne pas la connaître.
J'ajouterais aussi: pourquoi avoir refuser que je fasse un exposé sur Milan Kundera, auteur d'origine tchèque mais qui a vécu en France et écrit en français?
La culture est malheureusement parfois le théâtre de soucis d'identité culturelle. Et j'ai bien trop souvent l'impression que les « élites culturelles » placent l'occident sur un piédestal et nient les autres civilisations et leurs créations.
















