fantome


Un peu de contenu pour une fois, voici le texte que j'ai fait pour l'atelier d'écriture portant sur le fantastique, mais sans convoquer le folklore et par rapport à un texte de Kafka où le fantastique vient de l'observation du monde. Ici c'est légèrement autobiographique dans le sens où j'adore imaginer la vie des gens qui vivaient dans ma chambre étudiante avant moi.


***


Je m'allonge sur mon lit. Mon dos courbé par la fatigue peut enfin s'affaisser, se relâcher. Je fixe le plafond en cherchant le sommeil. Je sens mon souffle qui se ralentit,  les battements de mon coeur se font plus rares. Tout mes muscles cessent leur activité. Mon corps se fait si lourd qu'il se fond dans le matelas mou. Je ne bouge plus.

Mes yeux ne quittent pas cette tâche sur le plafond. Il est si haut, d'un blanc sans contraste, excepté cette salissure qui attire, par sa singularité, mon regard. Je me demande comment elle a été faite, comment les anciens possesseurs ont fait pour réussir à salir un plafond si haut, si inaccessible. Je pense à eux. Ces gens ont du vivre encore plus longtemps que moi ici. Oui, eux aussi, ils ont vécus ici. Un  lieu où s'extraire du monde, ils se sont tenus juste là, pas loin de mes pieds. Je les imagine proches, ils sont presque encore là.

Mais peu importe ce que j'imagine à leur sujet, ce n'est que rêveries fantaisistes. La tâche est bien là, au dessus de ma tête. Plus je la contemple, plus tout ce qui l'entoure se fait sombre. Je ne vois plus que la tâche, elle s'inscrit dans mes yeux, en les fermant, je la verrais encore. Elle semble presque s'approcher de moi. Je rouvre les yeux, et quelque chose se détache du plafond. La tâche était fissure, un trou qui s'ouvre, béant. Je vois un bout de plâtre s'écraser sur mon visage, mais sans le sentir. Je reste immobile, le corps ancré dans mon lit. D'autres morceaux du plafond viennent le rejoindre sur mon corps.

Bientôt je serais ensevelie.